Daft Punk - DJ set à L’An-Fer, Dijon 1996
Édition originale, limitée à 25 exemplaires + 2 épreuves artistes.
Spécificités
- Titrée, numéroté et signée à la main par le photographe
- Tirage argentique sur papier Ilford Baryta Multigrade FB Warmtone
- Livrée avec certificat d’authenticité doté d’un hologramme unique garantissant l’originalité et la valeur de l’œuvre
Prix
50 x 60 cm : à partir de 1200 € (encadrée 1500 €)
Grand format : prix sur demande
Photographe
Natif de Bourgogne, Cyril Villemain débute sa carrière de photojournaliste en 1995. Sa passion pour la musique électronique et les fêtes le mène naturellement à couvrir les mythiques soirées techno organisées au Club dijonnais : l’An-Fer. Pendant un an, il y documente l’émergence de ceux qui deviendront les grandes figures de la scène techno : Laurent Garnier, Daft Punk. Dimitri from Paris, Manu le Malin, Jack de Marseille, Carl Cox, Jeff Mills, Basement Jaxx, DJ Pierre…
Cyril s’oriente ensuite vers l’actualité nationale et internationale couvrant les conflits au Liban, en Israël et Palestine, ainsi que dans les Balkans. Durant ses 22 années de carrière, Il travaillera pour differents medias dont l’AFP, CORBIS/Sygma, SIPA Press, The Guardian, Liberation, 20 minutes, The Economist. Il met un terme à sa carrière de photojournaliste en 2017 en signant un reportage sur les elections présidentielles au Kenya. Sa photo d’un guerrier Masai Samburu sortant d’un bureau de vote fera la Une du quotidien allemand Suddeutsche Zeitung
Infatigable aventurier, Cyril vit désormais en Afrique et développe la marque de Rhum qu’il a fondée : Bahari Rum.
Derrière l’objectif
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1. Salut Cyril, comment te retrouves-tu à prendre des photos à l’An-Fer ce soir de novembre 96?
J'avais 23 ans. Je bossais pour le journal Le Bien Public où j'avais monté, avec un copain jeune journaliste, une rubrique sur ce qui se passait le vendredi soir à l’An-Fer en termes de Techno. L’An-Fer était ‘the place to be’ pour les DJs de l'époque. Tout le monde était passé. C'était une scène qui était monstrueuse puisque Laurent Garnier avait été résident. C'était un endroit hyper connu.2. Quelle est la vibe dans le club quand les Daft Punk prennent les platines ? A quoi ressemble leur mix ?
La soirée s’appelait ‘This is Coda’. Je me souviens qu'il était très tard et je commençais à être un peu éméché quand les Daft ont commencé à mixer. Leur premier maxi était sorti sur Soma, c'était pas encore le carton interplanétaire de Homework. Ils n'étaient pas hyper connus.Les Daft ont commencé à mixer tard, très très tard. Ils ont dû mettre des morceaux qui tabassaient, parce qu'il est 3 h donc tu ne peux pas faire quelque chose de lent, faut quand même quelque chose qui envoie quoi ! Ils ont balancé des morceaux funk, soul, disco, house. Et à un moment donné, ils ont mis le feu : ils ont joué Rollin’ and Scratchin’ pour voir comment ça prenait. Et ça prend de la folie ! Tout le monde dansait. Rollin’ & Scratchin’ a mis l’An-Fer en feu.
Je pense qu'ils se sont dit : on va jouer Rollin’ and Scratchin’ quand tout le monde est un peu en montée, on va le mettre à 3 h. Tu ne peux pas mettre ce morceau à minuit parce qu’à cette heure-là c'est trop mou, les gens ne sont pas dedans, c'est un club où les gens arrivent à 1 h du matin. Donc, à mon avis, ils se disent : on va le jouer au top du moment où les gens peuvent réceptionner le morceau.
3. Dans quel état d’esprit es-tu quand tu prends ces photos ?
C’était assez rapide. Ça a dû durer le temps de deux morceaux, je dirais 3 ou 4 minutes. Je fais très peu de photos parce qu’on avait qu’un tout petit article de deux colonnes avec une seule photo.J’avais un Nikon F4 avec un flash cobra et un 24 mm. C’était le seul objectif utilisable à l’An-Fer, tellement c’était sombre. Je mettais un flash au plafond, avec une boîte en plastique au bout du flash pour ne pas cramer, parce que la cabine était très noire.
Je connaissais mes réglages par cœur : ouverture à f/2.8, mon film était un Ilford HP5 + 400 ASA poussé à 800, et je mettais un coup de flash indirect avec le diffuseur sur la tête du cobra. J’étais au 1/60ᵉ et il n’y a pas une photo floue, c’est marrant. Ils ne devaient pas beaucoup bouger les Daft, ils devaient être assez statiques. Il y a même du détail en arrière-plan : on arrive à voir la cabine du DJ qui était peinte en noir, sans lumière, c’est assez hallucinant.
J’avais chargé un film de 24 poses et j’en ai fait la moitié. La première photo s’est déclenchée alors qu’elle n’aurait pas dû, j’avais dû tendre le film à peine amorcé. On a donc une photo “zéro” qui n’aurait jamais dû exister.
Guy-Man est venu de derrière avec sa galette peut-être parce qu'il voyait qu'il y avait des photos qui étaient prises ? Sur la photo 1, il met une galette, il la change sur la 9. D'ailleurs, on voit qu'il met un white label. Après, il y a une photo où il est tout seul. Puis Thomas est tout seul de nouveau. Sur la 9, Guy-Man revient…hum…je n'ai pas de souvenirs hypers clairs de ça. Je suis dans une espèce de brouillard, je pense que j'avais un peu picolé. Mais le but, c'était d'essayer que ce soit nickel tout de suite, quoi. Et ça tient, elles sont droites !
4. Racontes-nous la discussion mémorable que tu as eu avec Pedro Winter, le manager des Daft, dans les backstages ?
Quand j'ai fini, je vais pour retourner dans la cabine DJ derrière, pour voir le rédacteur et un autre journaliste. Et il y a un mec qui arrive, que je ne connais pas du tout, et qui me dit : « Écoute, je vois que t’as fait des photos, c’est pour quoi ? »- Je lui dis : « Je travaille pour la presse quotidienne régionale. C’est pour un article sur les Daft Punk, ces deux mecs-là. »
- Il me répond : « Écoute, je suis leur nouveau manager. Tu ne peux pas publier les photos, parce que dans quelques jours, on ne verra plus leur visage. Donc j’aimerais que les photos ne soient pas publiées. »
Là tout le monde se regarde en disant : un manager pour des DJs, c'est un peu bizarre ? Il y avait des mecs qui bookaient les DJ, mais pas de mecs qui manageaient des DJs.Je l’ai un peu pris de haut en disant : «Écoute mon gars, je bosse à la pige donc si je ne publie pas les photos, je ne suis pas payé. » On a bu un coup. La photo est parue deux ou trois jours plus tard dans le journal, et c’était la dernière photo publiée de Daft Punk sans casque.
5. Selon toi, qu’est-ce qui fait la magie de cette image ?
J’en ai reparlé avec le rédacteur qui avait fait le sujet. Il se rappelle que quand ils ont joué Rollin’ & Scratchin’, ça a mis le feu total à l’An-Fer. Et quand tu vois ce qu’a fait Rollin’ & Scratchin’ l’année d’après dans les bacs : ça a été PLANÉTAIRE. Et Thomas et Guy-Manuel…personne ne savait à quoi ils ressemblaient. Pour ça, cette photo est devenue assez iconique.Un autre rédacteur qui était là, et qui est aujourd’hui rédacteur en chef d’une radio, a montré la photo à ses staffs, qui sont des Gen Z. Les mecs le regardaient en disant : « Mais c’est pas possible, tu as été à côté de Daft Punk sans casque ! » Lui avait l’impression qu’il parlait d’une photo des Beatles à Abbey Road. Il y avait un truc iconique pour eux, parce que Daft Punk, c’est quand même énorme.
Il y a aussi un journaliste qui est derrière, sur la photo 1, il doit être en train regarder une des galettes que les Daft ont jouées, pour voir un peu les disques qu’ils passaient. D’autres mecs sont derrière, et eux aussi tapent dans le flight case pour voir les disques qu'ils jouent. Les mecs qui squattent la cabine du DJ quoi. Six mois plus tard, c'était devenu impossible, c'était fini ça ! Il y a presque un côté “province“ dans cette photo.
Ils ont un look super commun, personne peut imaginer à ce moment-là que les Daft vont faire un carton planétaire. Impossible à dire. Et quand tu vois ce qu’ils sont devenus… c’est juste hallucinant. C'est la dernière fois qu'on voit les Daft en public sans casque. Comme disent les locaux, “À Dijon, il y a eu Bob Marley…et Daft Punk.“