Kendrick Lamar - Los Angeles 2014
Édition originale, limitée à 10 exemplaires + 2 épreuves artistes.
Spécificités
- Titré, numéroté et signé à la main par le photographe
- Tirage à encre pigmentaire sur papier Hahnemühle Fine Art Baryta 315 g
- Livrée avec certificat d’authenticité doté d’un hologramme unique garantissant l’originalité et la valeur marchande de l’œuvre
Formats :
- 55 × 65 cm. Plus grand format sur demande.
Prix : sur demande
Photographe
Denis Rouvre est l’un des portraitistes français les plus reconnus au monde. Il débute sa carrière en 1988 au service photo du magazine culturel avant-gardiste Globe. Devenu ensuite indépendant, ses images seront publiées dans les titres de presse français et internationaux les plus prestigieux : Le Monde, L’Équipe, Télérama, L’Express, Libération, Elle, GQ, Time, The Guardian, Der Spiegel, The New York Times Magazine…
Photographe multiprimé, Denis Rouvre a reçu 3 World Press Photo, 1 Sony World Photography Award et le titre de Hasselblad Master 2012, dans la catégorie Portrait. Il est l'auteur de 9 livres de photographie. Cette renommée l’amène à photographier les plus grandes figures de ce monde et exposer dans des galeries et institutions internationales.
Dans ses travaux plus personnels, Denis s’intéresse à ce qu’il appelle les « figures héroïques » : des individus confrontés à la puissance, la fragilité, la résistance et au dépassement de soi. C’est cette approche créative qui aurait notamment motivé le management de Kendrick Lamar à contacter Denis pour réaliser la photographie de la pochette de l’album To Pimp a Butterfly...désormais devenue iconique.
Découvrez l’univers photographique de Denis Rouvre : www.rouvre.com
Derrière l’objectif de Denis
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24 heures à Los Angeles avec Kendrick Lamar, ses potes qui défilent, les joints qui tournent…ça paraît fou ! Comment cette image est-elle née ?
C’était un mercredi. J’étais à Nice, où je réalisais un portfolio sur le Front national pour le New York Times Magazine. Mon téléphone a sonné et j’ai tout de suite reconnu l’indicatif des États-Unis. Les appels des États-Unis m’angoissent toujours un peu : je ne suis pas très à l’aise en anglais, surtout pour comprendre ce qu’on me dit.J’ai quand même décroché. Une personne m’a parlé d’un projet de pochette de disque pour Kendrick Lamar. Comme j’étais en plein travail, je lui ai demandé de m’envoyer un message. J’ai raccroché, regardé mon assistant Valentin et je lui ai dit : « Tu connais Kendrick Lamar ? » L’histoire a commencé comme ça.
Ils voulaient faire la photo dans les quinze jours. Mais j’étais pris toute la semaine suivante, et très vite, le seul créneau possible s’est imposé : le samedi qui suivait, trois jours plus tard. Il fallait monter toute la production en un temps record. Pour être honnête, je n’étais même pas convaincu que cette commande était réelle. Il était donc hors de question pour moi d’avancer un centime. J’avais à l’époque un agent à New York, Douglas, avec qui je n’avais encore jamais travaillé. Je lui ai demandé de monter la production dans ce délai. Et le samedi, Valentin et moi étions dans l’avion.
Tu savais à l’avance quelle image tu voulais faire, ou tout s’est-il joué sur place ?
Dans nos échanges entre Paris et Los Angeles, nous nous étions entendus sur un travail très sobre, sur fond noir. Mais pendant les douze heures de vol, la direction artistique avait changé : ils étaient partis sur une image avec la Maison-Blanche en arrière-plan. Ça m’a un peu mis en colère, parce que je n’ai pas l’habitude de travailler avec ce genre de montage.On est arrivés vers 18 heures, heure de Los Angeles. Avec le voyage et le décalage horaire, j’étais déboussolé, et il fallait enchaîner directement avec le shooting. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce n’était pas à Compton, mais dans un quartier chic de Los Angeles. Un studio photo immense, qui me faisait un peu penser au Guggenheim : une sculpture gigantesque à l’entrée et des racks entiers d’éclairage Profoto.
Cette photo dégage une énergie de dingue où tout déborde : les corps, les sourires, les dollars, l’euphorie, le champagne. Comment as-tu réussi à gérer ce crew ?
À l’intérieur, le son était à fond. Une odeur de skunk très puissante, des bouteilles de vodka partout et quelque 150 personnes présentes pour le shooting. Sur le moment, je n’étais pas franchement à mon aise. Nous étions trois Blancs dans le studio : Valentin, moi et Douglas, que je rencontrais pour la première fois. Je ne sentais pas d’animosité, mais pas non plus de sympathie particulière à mon égard. Il fallait que je trouve ma place.Habituellement, j’aurais fait couper le son et repris les choses en main, histoire de faire comprendre qui dirigeait la séance. L’idée m’a brièvement traversé l’esprit. Mais là, j’ai choisi de faire avec le son, et surtout de faire avec eux.
Malgré le changement de direction artistique, j’essayais de faire la photo que j’avais en tête. Je voulais Kendrick face à moi, le regard dans l’objectif, puissant, au centre du groupe. Je voulais qu’il soit cette énergie qui fédère les autres. Mais j’ai tout de suite senti que lui ne cherchait pas à prendre toute la lumière. Il voulait surtout rendre hommage à ses potes, mettre sa team en valeur, quitte à s’effacer un peu. Il fallait composer avec ces deux envies.
Il y avait de faux billets, de fausses bouteilles de champagne, mais les joints, eux, étaient tous vrais. Ils avaient aussi besoin de quelqu’un pour incarner le juge de la Cour suprême. C’est donc Douglas qui s’est retrouvé allongé au sol, piétiné par le groupe.
Et j’ai shooté. J’ai essayé de canaliser un peu ce bordel, sans vraiment contrôler grand-chose. Il fallait composer avec ce qui se passait devant moi et, surtout, faire des images. J’ai beaucoup crié. Je pense que personne ne comprenait ce que je disais, mais en même temps, ça fonctionnait.
Au moment précis où tu déclenches ton appareil, qu’elle est l'ambiance ?
Mes souvenirs sont assez vagues. C’était un moment d’énergie, de confusion aussi, et de magie. Tout le monde était là pour faire la pochette de Kendrick Lamar, et chacun jouait son propre rôle. Je ne connaissais ni sa musique ni son univers, et en quelques heures, je m’étais retrouvé plongé dans tout ça.Quelques heures plus tard, tout le monde est parti. J’ai demandé un peu d’herbe à un gars qui était encore là, pour fumer un joint et me détendre. C’est exactement le contraire qui s’est passé : je n’ai même pas réussi à dormir deux heures.
Le lendemain, on reprenait l’avion à midi. Douze heures plus tard, on était à Paris. Aujourd’hui encore, j’ai l’impression d’avoir rêvé ce shooting.
Avec le recul, qu’est-ce qui te frappe aujourd’hui dans cette photo ?
Je n’imaginais pas ce que cet album allait devenir. Avec le recul, je crois que le succès du disque et les Grammy Awards ont aussi changé le regard porté sur cette photo. Elle est devenue indissociable de la musique qu’elle accompagne. C’est aussi ce qui lui a donné sa force.